L’amour

S’il y a une chose dont je suis certaine concernant ma vie c’est que je tombe amoureuse.

Voilà bien la seule chose que je sais faire, tomber amoureuse. Je construis une œuvre amoureuse, en mouvement, éphémère, instable et bien souvent désespérante. Chuter. Mais pas autant que le projet de la société occidentale. Le projet pérenne et cultivé depuis des décennies d’étouffer la possibilité du travail sexuel car la petite société des vampires a un projet plus pernicieux et plus violent, celui d’étouffer l’amour jusqu’à son extinction.

La destruction de l’amour est un projet politique contre-révolutionnaire. Le projet autoritaire et fasciste du pouvoir des archi dominants. Contre l’amour révolutionnaire et subtil, contre l’amour naissant. Celui de la jeunesse, celui de la vieillesse, de l’amitié, celui qui risque tout pour exister car il se sait néant tout entier et donc renouveau tout entier. Cet amour-là, hors marché. En dehors des contrats, le pouvoir capitaliste néo-libéral et sécuritaire n’est rien. Il a besoin des contrats pour vivre, toutes les formes de contrats et surtout les pires. Quand bien même, le contrat serait  honnête et équitable, un contrat consentant pour le plaisir et la jouissance, il  sera placé sous haute surveillance, sous la vigilance extrême, surtout s’il est démocratique. Seuls les contrats de la peur, ceux du chaos, des dérèglements et du cynisme sont vaillants.

Le reste c’est les épouvantails, comme les putes, des épouvantails, pour chasser les quelques oiseux du secteur et que la récolte soit bonne, même bourrée de pesticides, même à n’importe quel prix et surtout à n’importe quel prix ! Car même du prix ils n’en n’ont plus la saveur.

 

Les travailleurSEs du sexe sont des créatures. Des petites lumières dans la nuit.

Comme un rite ancestral. Mythique. Initiatique. Cosmogonique.

Les travailleurSEs du sexe sont des créatures, sorti(e)s d’un récit mythique comme à l’origine des cosmogonies du monde.

Les travailleuses et travailleurs du sexe ne sont pas des animaux. Ne sont pas de vulgaires bouts de viande.

Des lumières au milieu de la nuit. Comme ces petites bougies posées sur le devant du camion. Dans cette longue allée du bois de Vincennes. Premier souvenir. Premier frottement avec les travailleurSes du sexe. Allée du bois de Vincennes et cette rangée de camionnettes. Bougie. Petites bougies. Comme des appels à la prière. Des appels mystérieux à la prière de la vie.

 

Alors ?

Je suis coquine, maline, provocatrice, exhibitionniste, impertinente. Mon corps m’appartient. Et je veux le mouvoir. Me mouvoir librement. Traverser ce monde avec mon corps libre. Et ne pas en faire cas. Pas plus que ça. Je voudrais circuler, le corps libre et sensuel et n’en avoir rien à faire. Etre délester des revendications et idéologies. Je voudrais me mouvoir avec mon corps libre et sensuel et n’en avoir rien à faire. Délester du poids des idéologies et des revendications.

 

Puisses-tu  circuler librement ! Puisses-tu sortir, circuler, fermer les yeux, toucher ce qui est là et écouter ce qui te touche. Puisses-tu commencer à vivre.

L’UNIVERS PASSERA PAR MA FENTE A L’AUBE ET IL SERA UN INVITE AU BORD DES MES LEVRES.

 

Pour finir, je voudrais m’adresser aux filles et aux garçons. Je voudrais vous donner ma définition de l’amour, comme un parent qui prend soin avec des mots, il en faut aussi.

 

L’amour c’est en premier lieu avec soi-même, puis  avec l’autre de soi-même, sa propre altérité. Féminin et masculin. En soi-même.

Et après c’est la relation,  avec le parent,  l’ami(e),  l’amant-te, le vent, la faune animale et végétale, le voisin, avec toutes ces relations qui construisent un chemin d’amour.

L’amour n’est pas la possession. L’amour n’est pas la propriété privée. L’amour n’est pas le pouvoir… le pouvoir d’achat, la réussite, la survie de l’espèce et la reproduction. L’amour n’est pas romantique. Il est physique, engageant, essentiel, laborieux, doux et simple. L’amour est un biotope. Il est terre, humus, eau, vent, soleil. Il prend du temps, germe, pousse et meurt.

Ainsi il est à tous. J’aime donc je suis.

 

Si le travail du sexe reste dans les mains du capitalisme, il continuera d’être  le prix à payer !  Le prix à payer ! Le prix à payer ! Le prix à payer ! Le prix à payer !

Le sacrifice, le tribut, le retour sur investissement, le blanchiment, le paradis fiscal, l’argent sale, comme s’il y en avait un propre. La dette et la Faute.

Le travail du sexe n’est pas de l’amour, ni de l’amour interdit, ni de l’amour à crédit, ni une façon de se faire baiser, ni une poubelle pour les déchets de la société, ni un déversoir !

Le travail du sexe est un revenu, un service, un métier. Il rentre parfaitement dans l’économie, celle de l’échange équitable, de la négociation, celle aux règles saines et solidaires. Peut-être même, celle de l’économie du bonheur.

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